Ebony : « Mon but est de créer mon propre son. »
Ebony aux Bains Paris
Crédit : Frankie & Nikki pour Billboard France
Finaliste de la Star Academy l’année dernière, Ebony aurait pu immédiatement profiter de son exposition médiatique et enchaîner les titres.
Elle a choisi de prendre le temps d’affiner sa proposition artistique. Une exigence qu’elle revendique depuis ses débuts : déjà pendant l’émission, elle était la seule candidate à ne jamais avoir été nommée pour une élimination.
En septembre 2025, elle dévoile un premier morceau, RAGE, suivi de MON PARADIS en janvier dernier. Deux titres aux esthétiques distinctes qui dessinent les premières lignes de son univers.
Lors de son premier concert, complet en quelques minutes, sur la scène de la Maroquinerie, elle annonce la sortie de l’album MENELIK pour le 24 avril. Un projet porté par des influences variées allant de Beyoncé à FKA Twigs en passant par Christine and the Queens.
Avec cette sortie, elle affirme sa volonté de ne pas se limiter aux formats prédéfinis, inspirée par les scènes internationales et leur ouverture aux propositions expérimentales.
Tu viens de sortir le single Mon Paradis. Qu’est-ce qu’il représente pour toi ?
Mon Paradis est une chanson qui parle de la relation parfois toxique que je peux entretenir avec moi-même.
Il y a des moments où je peux être mon propre paradis : faire les bons choix, prendre soin de moi. Et puis il y a d’autres moments où je peux me trahir, m’infliger du mal en faisant des erreurs. Je sais que je peux parfois être trop dure, trop exigeante envers moi-même. C’est une forme de trahison envers ma santé mentale.
Cette chanson raconte cette dualité intérieure.
Tu as expliqué que c’était un morceau issu d’une note vocale d’il y a deux ans. Est-ce un sujet sur lequel tu as pu évoluer depuis ?
C’est vrai que le morceau est né d’une simple note vocale. Sur le projet, il y a un autre morceau qui a démarré de cette manière, Kill Bill.
À la base, c’était juste une mélodie, rien de plus. Mais la chanson a commencé à prendre forme il y a déjà un moment.
Même aujourd’hui, après sa sortie, je ne peux pas dire que je sois « guérie » de ce que j’y raconte. Le fait d’avoir sorti ce titre ne veut pas dire que j’ai tout compris, ou que j’ai réussi à régler ce problème là chez moi.
C’est un processus continu.
As-tu un pan préféré de la création ?
Je pense que ma partie préférée, c’est vraiment la mélodie, topliner !
L’écriture est aussi très importante pour moi, parce que les textes doivent me parler. Chaque chanson me touche personnellement. Elles correspondent toutes à un aspect de ma vie, de ma personnalité, de mon parcours, donc c’est forcément une étape essentielle.
Même si je n’en suis qu’au début de ma carrière, je sais que mon but est de créer mon propre son.
Tu as annoncé la sortie de ton premier album, MENELIK, lors de ton concert à la Maroquinerie le 24 février dernier. Est-ce que tu avais une vision précise de ce que tu voulais intégrer dans ce projet avant même d’entamer sa création ?
J’ai toujours eu une vision claire de ce que je voulais faire au niveau de mon univers.
Même si n’en suis qu’au début de ma carrière, je sais que mon but est de créer mon propre son.
C’était clair dans ma tête, il fallait que mon projet soit éclectique et porté par cette ambition d’expérimenter. Je suis satisfaite parce que, globalement, sur l’album, on ressent vraiment que je vais chercher un petit peu dans chaque sonorité, chaque influence…
Aussi, l’album a un storytelling assez particulier. Dès le premier séminaire de création, j’ai commencé à réfléchir à l’histoire que j’avais envie de raconter, et ça a pris forme petit à petit.
Chaque chanson qui se trouve dans l’album n’est pas là par hasard. Tout est réfléchi pour que je puisse raconter une histoire et que tout ait un sens.
Est-ce que ça te tenait à cœur d’y inclure des morceaux que tu as pu écrire quand tu étais plus jeune, comme Unforgettable ? Ou as-tu voulu repartir de zéro, et te servir de ce projet comme d’un nouveau départ ?
Ebony : Unforgettable, c’est un peu spécial, parce que c’est un morceau que j’ai commencé à écrire quand j’avais 15 ans. J’ai choisi de le sortir de manière symbolique : ça me tenait à cœur de lui offrir cette chance de voir le jour, parce que sinon il ne serait jamais sorti.
Il n’y a que deux morceaux, Mon Paradis et Infini, dont une partie est née avant la Star Academy, mais qui n’avaient jamais été concrétisés. À part ça, j’ai voulu inclure uniquement de la nouveauté.
Je vois vraiment ce projet comme un nouveau démarrage, le début de quelque chose.

Tu as sorti deux premiers singles très différents. Est-ce que c’était dans une volonté de montrer ta versatilité, ou cet ordre s’est-il imposé spontanément ?
Rage, c’est un morceau qui n’est pas vraiment dans les codes de ce qui marche en ce moment, donc c’était un vrai positionnement de le sortir comme premier single, à la fois dans le message, et dans ce que c’est musicalement.
Quand il est sorti, d’autres morceaux de l’album étaient déjà nés. Mais c’est un titre qui représente bien cette idée de « démarrage » pour moi : il y a une énergie qui va de l’avant, donc c’était logique de sortir ça en premier pour montrer l’ambition que je comptais donner au projet.
J’ai choisi de sortir Mon Paradis en deuxième parce que ça montre vraiment cette polyvalence. Même s’il y a un lien entre Rage et Mon Paradis. Ils ne sont pas forcément à l’opposé l’un de l’autre, il y a quelque chose à l’intérieur qui fait qu’ils se rejoignent musicalement.
C’est important pour moi de montrer aux auditeurs la pluralité de genres qu’ils pourront retrouver dans l’album.
Lady Gaga est l’une des personnes qui m’inspirent le plus. Elle a cette énergie très créative à la fois dans sa musique, ses visuels et en tant qu’actrice.
Dans les deux clips, tu apparais dans les crédits de création des visuels. Quel rôle joues-tu concrètement dans cette partie ?
Quand je suis en studio et que je suis en train de faire les chansons, le visuel arrive tout de suite dans ma tête. Quand j’enregistre les paroles, je vois des images.
Donc pour Rage et Mon Paradis, j’avais déjà une idée concrète du clip. Et d’ailleurs, on comprend en les regardant qu’ils sont liés.
Concrètement, je parle au réalisateur, je lui explique l’histoire que j’ai en tête, et comment j’ai envie de la raconter. Ce n’est pas mon métier d’être réalisatrice, mais j’essaie d’être investie au maximum. Je donne mon avis pendant tout le processus : quand le réalisateur peaufine le scénario, pendant le montage…
C’est très important pour moi que les gens se posent des questions en regardant les clips. J’adore le cinéma, j’adore les énigmes, donc je veux qu’il y ait une vraie histoire à explorer dans mes visuels.
Quelles sont tes influences cinématographiques ?
Mon père m’emmenait tous les mercredis au cinéma, donc j’ai regardé beaucoup de films d’animation, tous les Disney, les Pixar… Ensuite, j’ai commencé à être fan des Avengers. J’ai un petit penchant pour les super-héros.
À l’adolescence, je me suis davantage tournée vers les thrillers, les films à suspense. C’est à ce moment-là que j’ai découvert Mother, qui est aujourd’hui mon film préféré. Il y a aussi Fracture, que j’aime beaucoup. Un autre film qui m’a vraiment fait aimer le cinéma, c’est Split, avec cette idée de double personnalité, de troubles…
J’aime énormément les films d’horreur : tous les Saw font partie de mes films préférés. J’adore tout ce qui est un peu creepy, un peu bizarre : c’est ce qui me plaît dans le cinéma.
J’ai aussi fait pas mal de théâtre, à l’école et en dehors, donc c’est un univers qui m’intéresse beaucoup.
Est-ce qu’il y a des personnages dans lesquels tu te reconnais ?
Lady Gaga joue dans la saison 5 d’une de mes séries préférées, American Horror Story. Son personnage de vampire m’a beaucoup marquée, parce qu’elle dégage une énorme confiance et une présence très imposante.
Lady Gaga est l’une des personnes qui m’inspirent le plus. Elle a cette énergie très créative à la fois dans sa musique, ses visuels et en tant qu’actrice. Elle n’a aucune limite dans le WTF. Je la trouve trop forte.
Cette double dimension de chanteuse et actrice est-elle justement une carrière à laquelle tu aspires ?
Franchement, je serais aux anges. C’est complètement un objectif. J’adore Beyoncé, mais elle a surtout eu des rôles au cinéma parce qu’elle est chanteuse. Il y a moins cette dualité.
Moi, j’aimerais avoir une légitimité comme Lady Gaga, dans le sens où on ne te choisit pas parce que tu es chanteuse, mais parce que tu es une bonne actrice.
Il y a beaucoup de portes dans tes visuels. Quelle est la symbolique derrière leur présence ?
Chaque fois que je franchis une porte, c’est une entrée vers une nouvelle chanson. Chaque chanson représente une étape, un moment très important dans ma construction.
Le passage entre les portes, c’est un peu mon cheminement de pensée : le lien que j’essaie d’établir entre chaque morceau, pour que tout l’univers reste cohérent.

Au-delà des portes qui relient les deux clips, il y a aussi une tenue qui revient dans plusieurs visuels. Est-ce qu’elle a un sens particulier pour toi ?
Sans trop en dire, c’est justement pour représenter qu’il s’agit d’une même personne qui vit tous les événements dont je parle.
Cette minutie peut rappeler certains codes de la K-pop, où rien n’est laissé au hasard. Est-ce une inspiration ?
La K-pop n’est pas vraiment quelque chose qui m’inspire, à part dans les clips, que je trouve incroyables. Visuellement, c’est très maximaliste, très poussé, et ça me plaît. Ils ont de grosses ambitions visuelles.
Quand j’étais plus jeune, j’ai un peu écouté BTS, mais seulement pendant une période. Je ne suis pas la K-pop de près, c’est plutôt quand je traîne sur YouTube que je tombe sur des clips. Il y a notamment le groupe XG, que j’aime bien.
C’est au lycée que je me suis demandé si la musique que je voulais faire allait marcher en France. L’arrivée d’artistes comme Christine and the Queens et Yseult m’a rassurée.
En découvrant ton univers, on peut ressentir une influence de certains artistes plus alternatifs comme FKA Twigs. Es-tu inspirée par ces scènes plus hybrides, à la fois dans tes visuels et dans ta musique ?
J’ai pas mal d’influences que je ne cite jamais parce que je suis un peu tête en l’air. FKA Twigs est une artiste que j’aime beaucoup. J’adore ses visuels, notamment le clip qu’elle a fait avec Oklou.
Il y a toujours cette atmosphère qui rappelle un peu la science-fiction autour d’elle : j’ai l’impression que ce n’est pas quelqu’un de réel, qu’elle est un peu extraterrestre. Je trouve ça hyper admirable d’arriver à faire ressentir ça au public.
Sinon, même si c’est moins niche, j’adore Christine and the Queens. Je trouve que c’est un artiste qui arrive à raconter quelque chose de très fort. Je suis fan de la série de clips autour de l’EP La Vita Nuova, je les regarde très souvent parce qu’il y a toute une histoire racontée dans un seul projet. Ça m’inspire énormément. Je trouve ça fabuleux.
Tout ça pour dire que j’écoute pas mal de musique alternative.
Lors de la dernière cérémonie des Flammes, Theodora a dédié son prix « à toutes les filles noires un peu bizarres ». Cette phrase a suscité de nombreuses réactions, notamment autour du manque de visibilité des artistes noirs évoluant dans des univers plus alternatifs. En grandissant, as-tu ressenti ce manque, toi aussi ?
Quand j’étais plus jeune, je ne me suis pas forcément posé la question. J’avais les modèles que j’ai toujours cités, Rihanna et Beyoncé, des artistes mainstream, et surtout pas français.
C’est au lycée que je me suis demandé si la musique que je voulais faire allait marcher en France. J’avais déjà cette ambition d’une musique un peu alternative, qui fusionne les genres. L’arrivée d’artistes comme Christine and the Queens et Yseult m’a rassurée, parce que je les ai beaucoup écoutés.
Theodora, je l’ai découverte avec le clip de KONGOLESE SOUS BBL avant la Star Academy. À l’époque, il y avait encore très peu de vues et j’ai beaucoup aimé, sans vraiment savoir qui c’était. En sortant de l’émission, j’ai appris qu’elle avait eu un énorme buzz et je suis allée écouter son album.
Elle est en train de devenir un modèle pour beaucoup d’autres artistes. Je la vois surtout comme quelqu’un qui a ouvert une porte, et qui a montré que oui, c’était possible de faire cette musique-là. Je n’étais pas sûre qu’une musique qui essaie un petit peu de ne pas se mettre dans une case pourrait marcher, et ça me faisait peur. Elle a réussi à faire ça et c’est hyper admirable.
Aujourd’hui, je fais la musique qui me plaît, et j’essaie de ne ressembler à personne. Je sais que ce n’est pas dans une optique de comparaison, mais je pense que c’est important d’en parler, parce que les comparaisons sont vite faites par d’autres.
Suite au harcèlement que tu as subi après ta sortie de l’émission, comment tu as vécu ce double statut d’artiste et de personnalité publique ?
Ça ne me dérange pas de prendre la parole sur des sujets importants. Quand tu es artiste, tu deviens une personnalité publique, tu es médiatisée, tu as une voix et un auditoire. Les deux vont ensemble.
Mais j’essaie quand même de garder la musique au centre, parce que c’est ce que je fais et ce que j’aime faire. Et, de toute façon, les messages importants que j’ai envie de faire passer se trouvent avant tout dans ma musique.
Quand tu es artiste, tu ne te lèves pas en te disant : « Je représente telle cause » ou « je suis le porte-drapeau de telle cause ». C’est plutôt la société qui te met ça sur le dos, souvent à cause de choses que tu subis, que tu n’as pas choisies et qu’on te renvoie en permanence.
Dans la tête de certaines personnes, c’est ça qui me définit avant tout : ma couleur de peau, les critiques que j’ai reçues à ce sujet. Alors que, globalement, ce n’est pas ce que j’ai envie de mettre en avant.
Après, il y a aussi un côté positif. On te dit que tu es une représentation, un exemple pour les femmes noires, les personnes queer… Une forme de modèle de réussite. Ça peut donner de l’espoir aux gens. Je le vois parfois dans mes commentaires : ça donne envie à des gens qui ont ce rêve-là de s’autoriser à y croire.
Mais il y a aussi des moments où je me demande pourquoi on me résume uniquement à ça. Pourquoi, quand on parle de moi, le premier sujet porte sur les critiques concernant ma couleur de peau ? Il y a plein d’autres choses qui font de moi l’artiste et la personne que je suis ?
Tu évoques des artistes comme Christine and the Queens ou Yseult, qui ont aujourd’hui trouvé un véritable écho à l’international. Plus jeune, t’imaginais-tu, toi aussi, devoir, d’une certaine manière, passer d’abord par l’étranger pour que ta musique soit acceptée ? Est-ce encore quelque chose que tu envisages aujourd’hui, à l’image d’Oklou, très suivie hors de France ?
Je trouve ça admirable chez ces artistes-là, parce qu’il y a parfois cette critique : « Elle ne fonctionne pas en France, sa musique marche seulement à l’international. » Personnellement, je ne vois pas ça comme quelque chose de négatif, au contraire.
C’est un peu un rêve de pouvoir exporter sa musique au-delà des frontières nationales et de toucher d’autres publics. J’ai encore l’espoir que la France s’ouvre davantage à cette musique-là, parce que ça serait évidemment très cool aussi. Mais pouvoir marcher en France tout en allant à la rencontre d’autres pays, c’est tout aussi important pour moi.
J’ai le sentiment que certains pays sont plus avancés sur le côté expérimental, plus ouverts aux propositions alternatives.
Je ne me mets pas dans une case. Je fais la musique que j’ai envie de faire. La musique en France est assez codifiée : pour passer en radio, pour être beaucoup écoutée, il faut souvent correspondre à certains formats. Les artistes que je cite ont réussi à sortir de ces règles-là, et je trouve ça très inspirant.
Dans la vie de tous les jours, je suis plus timide, plus réservée. Je suis quelqu’un d’assez stressée, d’angoissée, mais dès que je monte sur scène, je ne suis plus la même, c’est assez inexplicable.
Dans ton premier morceau sorti sur les plateformes il y a quelques années, tu intègres des passages en créole. Est-ce que c’est quelque chose que tu as voulu développer sur ce projet ?
Dans ce projet-là, il n’y a pas de créole. Mais à l’avenir, j’aimerais bien l’intégrer, je trouve ça hyper intéressant. Pour ce projet précis, en revanche, je ne l’ai pas fait.
Ton alter-ego, Queen Sheba, occupe une place assez importante dans ton esthétique. Est-ce qu’il s’agit uniquement d’un alter-ego artistique, fictif ?
Queen Sheba est un prénom que je porte. À ma naissance, on m’a appelée comme ça, donc ça fait partie de moi de manière assez basique. Avec le temps, je me suis rendu compte que je me transformais quand je montais sur scène, qu’il y avait vraiment deux côtés, deux facettes distinctes.
Ça a commencé à prendre de plus en plus de place. Et comme, historiquement, Queen Sheba est une figure très importante, une femme intelligente, avec beaucoup de connaissances et de charisme, je me suis dit que c’était peut-être une énergie qui veillait sur moi. C’est pour ça qu’elle prend davantage de place dans les moments où j’ai besoin d’être très confiante.
Ça arrive surtout quand je suis sur scène ou en représentation. Dans la vie de tous les jours, je suis plus timide, plus réservée. Je suis quelqu’un d’assez stressée, d’angoissée, mais dès que je monte sur scène, je ne suis plus la même, c’est assez inexplicable.
La tournée s’appelle le Conception Tour. D’où vient ce nom ?
Pour moi, cette tournée représente la création de quelque chose. C’est le moment où l’album est en train d’être créé avec le public.
Je vois un peu la tournée comme la « vraie » conception du projet, comme si j’étais enceinte de cet album et qu’il n’allait réellement naître que pendant les concerts.
Ce ne sera jamais naturel que les gens aient accès à notre vie, pensent savoir qui on est au fond, quelle personnalité on a, si on fait les bons choix… Tout le monde devient un peu le juge de ta vie.
À ta sortie de la Star Academy, il y a eu un vrai basculement, un raz‑de‑marée médiatique. Avec le temps, t’es‑tu habituée à cette exposition constante ?
Je pense que ça va par périodes. Si tu m’avais posé la question il y a un mois, je t’aurais dit que ça allait : que les trois premiers jours avaient été perturbants, mais qu’ensuite je m’étais habituée. En réalité, je me rends compte que ça dépend beaucoup des moments.
Il y a des périodes où je m’en fiche totalement, et d’autres où, notamment quand je suis plus stressée dans ma vie personnelle, certaines vidéos ou certaines photos m’impactent davantage.
C’est normal : on est tous humains. Il y a des moments où on s’y fait, et d’autres où, quand on va un peu moins bien, on est plus sensibles.
Je ne sais pas si on s’habitue vraiment à cette exposition, parce que ce ne sera jamais naturel que les gens aient accès à notre vie, pensent savoir qui on est au fond, quelle personnalité on a, si on fait les bons choix… Tout le monde devient un peu le juge de ta vie.
Il faut apprendre à garder la tête sur les épaules. C’est là que la confiance en soi devient essentielle : si tu n’en as pas, tu peux t’effondrer, alors que ce n’est pas censé avoir d’impact sur ton destin ou ta trajectoire de vie.

Le rapport aux fans, est-ce quelque chose auquel tu arrives davantage à t’habituer avec le temps ?
Je pense que je trouverai toujours ça particulier que quelqu’un puisse être fan de moi. Dans ma tête, je suis juste moi-même, Ebony. Je n’ai pas l’impression d’être mieux que quelqu’un d’autre ou d’avoir quelque chose de plus.
Je chante, je fais la musique que j’aime, je fais de l’art et je le partage. C’est toujours compliqué à concevoir le fait que quelqu’un puisse être « fan » de moi, quand on me le dit ça me fait toujours un truc bizarre.
Mais en réalité, ça me fait surtout très plaisir de les voir, de leur parler, parce qu’avoir autant de personnes qui te soutiennent, qui t’envoient de l’amour, c’est une vraie chance. C’est grâce à elles que je peux vivre de mon rêve.
Ça reste quand même toujours étrange à concevoir, surtout avec la Star Academy, où tout est arrivé de manière très immédiate.
Est-ce que, de ton côté, tu as déjà été fan de quelqu’un au-delà de la musique ?
Je pense que je n’ai jamais été une fan « hardcore ». Il y a toujours eu des artistes que j’aimais beaucoup : j’écoutais toutes leurs musiques, je regardais tous leurs clips, j’allais à leurs concerts… mais ça n’est jamais allé plus loin.
Je savais que si je voulais faire la musique que j’avais envie de faire, et la faire bien, ça prendrait du temps.
Comment tu as vécu les quelques mois entre la fin de la Star Academy et la sortie de Rage ?
Ça a été une période assez compliquée, parce que l’attente était là pour le public, mais aussi pour moi et pour mon équipe. En réalité, je n’ai jamais vraiment arrêté de faire de la musique : dès ma sortie, je suis allée en studio.
Ce qui a pris le plus de temps, c’est de trouver les bonnes personnes avec qui travailler, celles qui comprenaient mon univers et qui avaient envie de me suivre dans ce que je voulais proposer artistiquement.
Il y avait aussi des personnes plus expérimentées, avec plusieurs singles certifiés diamant, qui pensaient avoir la recette pour faire « le » morceau qui allait marcher. Mais musicalement, je ne me reconnaissais pas là-dedans.
Je voyais bien qu’à l’extérieur, les gens se demandaient quand j’allais sortir de la musique, et je ne vais pas mentir : cette pression, je l’ai ressentie. Mais je suis restée concentrée, parce que je savais que si je voulais faire la musique que j’avais envie de faire, et la faire bien, ça prendrait du temps.
Je ne peux pas refaire le passé, ni revenir en arrière, et je suis fière de la manière dont les choses se sont passées.
Est-ce que ça a été difficile pour toi de te détacher des attentes liées à ta participation à la Star Academy, notamment sur ce à quoi ta musique « devrait » ressembler ?
J’ai toujours eu cette idée en tête de me dire que j’allais faire la musique que je voulais. Au début, c’est un peu compliqué, parce que tu rencontres beaucoup de personnes qui te disent qu’il faudrait faire telle ou telle chose pour que ça marche. Mais tu te rends vite compte que ce que tu essaies de faire pour y correspondre ne te plaît pas forcément.
Si, au moment de Parcoursup, j’ai choisi la musicologie plutôt que la psychologie, c’est parce que la musique est ce qui me rend la plus heureuse. Donc, si une fois que j’en fais mon métier, je commence à faire des morceaux codifiés, ça ne sert à rien : je fonce droit dans le mur.
Je fais la musique qui me plaît, en espérant qu’elle touche le public aussi.
Faire de la musique pour l’argent, de manière hypocrite, alors que ça ne te plaît même pas à toi-même, je trouve ça vraiment naze.
Avec le temps, j’ai compris que le plus important, c’était d’être sûre de soi : savoir exprimer ses envies aux gens avec qui tu travailles, les embarquer dans ton projet, leur donner envie de croire en ta vision artistique et en ta carrière.
Certains candidats des saisons précédentes restent très rattachés à l’image de la Star Academy, tandis que d’autres s’en détachent davantage. De ton côté, comment tu vis aujourd’hui ce lien avec l’émission ?
Forcément, la Star Academy fera toujours partie de mon histoire. Mais je suis très heureuse de pouvoir élargir ma communauté et que d’autres publics me découvrent. J’ai un rapport très sain avec mon passage dans l’émission : c’est ce qui m’a propulsée et permis d’accéder à mon rêve, donc je lui en suis très reconnaissante.
C’est vrai que, dans la musique que je fais, il n’y a pas forcément ce côté variété-pop souvent associé à la Star Academy. Ce que j’essaie de mettre en avant, c’est justement cette différence que j’ai toujours voulu faire ressentir, même à l’intérieur de l’aventure.
Même si on ne m’a pas donné les morceaux les plus alternatifs à chanter, j’ai essayé, dans mon interprétation, de montrer cette ambition de rester moi-même à 100 %. C’était essentiel pour moi : la Star Academy a son identité, et moi j’ai la mienne.
J’étais très stressée par la Star Academy. Je regardais sans cesse les comptes Instagram des casteurs, leurs abonnements, pour essayer de deviner s’ils avaient trouvé d’autres candidats…
Ton père est également artiste. Peux-tu nous en dire plus sur lui ?
Mon père est un artiste caribéen qui s’appelle Thierry Cham. Il a commencé bien avant que je naisse et a notamment un morceau qui l’a fait connaître au niveau national en France, Océan. À l’époque, il avait été nommé aux NRJ Music Awards en 2003.
C’est en partie grâce à lui que j’ai commencé à faire de la musique. Il en écoutait beaucoup, c’est un grand fan de Michael Jackson.
Certaines critiques ont laissé entendre que tu aurais fait la Star Academy grâce à ton père, comme s’il avait joué un rôle dans ta sélection. Est‑ce que ça a été difficile à entendre, ou est‑ce que tu es vite arrivée à t’en détacher ?
Je savais que c’était du bullshit. Même si mon père est très présent dans ma vie et qu’on s’entend super bien, je sais que ce n’est absolument pas grâce à lui que j’ai été prise. J’avais un job alimentaire, je faisais des vidéos sur les réseaux…
Il me soutient, il m’a toujours soutenue, c’est une chose. Mais de là à dire que j’étais pistonnée, pas du tout.
Je m’y attendais un peu, à ce que les gens soient mauvais. Juste avant de rentrer à la Star Academy j’ai enlevé mon nom de famille de mon pseudo Instagram.
Quand tu postules à la Star Academy, dans quel état d’esprit es-tu ? Es-tu plutôt confiante, ou est-ce que les doutes que tu évoquais prennent le dessus ?
Il y avait des jours où je me levais en me disant : « Tu vas y arriver, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas », et d’autres où je doutais beaucoup. J’étais très stressée par la Star Academy. Je regardais sans cesse les comptes Instagram des casteurs, leurs abonnements, pour essayer de deviner s’ils avaient trouvé d’autres candidats…
Il y avait vraiment cette dualité en moi, avec une voix négative qui prenait parfois plus de place.
Tu allais intégrer une école de musique et travaillais à côté avant d’être contactée par la Star Academy. Avec le recul, est-ce que tu vois ce qui t’est arrivé comme une question de destin, de travail, ou un mélange des deux ?
Je pense que c’est un peu des deux. Je crois au destin, mais je pense aussi que la persévérance joue un rôle énorme. Elle m’a aidée, pendant la Star Academy, à travailler, à ne jamais être nommée, à aller jusqu’au bout.
Au moment où je paie pour m’inscrire dans une école de musique, la Star Academy me contacte et je finis par être prise. Il y a une coïncidence que je trouve assez marrante, même si elle m’a fait perdre un peu d’argent. L’année précédente, j’avais déjà tenté l’émission, j’avais quitté ma licence de musicologie et je me suis retrouvée sans rien parce que je n’avais pas été acceptée.
Finalement, cette année de flou m’a permis de réaliser que si je voulais en faire mon métier, je devais mettre toutes les chances de mon côté, notamment via les réseaux sociaux. J’ai commencé à poster des vidéos. Même si ce n’était pas très régulier, trois ont bien fonctionné. C’est grâce à ça que j’ai été repérée.