Lacrim fait la couverture de Billboard Italia pour « Cipriani »
Cipriani marque un tournant dans la carrière de Lacrim. Ce projet, particulièrement destiné au marché italien, confirme la fascination de Karim Zenoud pour le pays, dont sa musique est ponctuée de références, à commencer par son album Corleone, certifié double platine. Pour célébrer la sortie de cet album, le rappeur fait la couverture de Billboard Italia.
Il renforce également le lien musical historique entre les scènes française et italienne. Depuis plusieurs années, les collaborations se sont multipliées, notamment dans le rap, avec des artistes comme Sfera Ebbasta ou Capo Plaza.
Interrogé sur son expansion hors du marché français, il explique que l’Italie s’est imposée naturellement : « C’est là que je rencontre des artistes. Si j’avais commencé au Danemark, par exemple, ça n’aurait pas été aussi spontané. Et j’aime tout dans ce pays : la scène, la culture, le niveau du rap. C’est une forme d’hommage. »

Collaborer avec la scène italienne
Pour créer cette alchimie, Lacrim a souhaité travailler avec chaque artiste directement en studio. Le premier impliqué dans le projet est Baby Gang, présent sur deux titres de Cipriani, « Rock » et « Portofino ». « On est très proches, donc c’était facile de commencer avec un ami », explique Lacrim. « Je suis allé à Milan et il m’a immédiatement mis à l’aise pour lancer le projet. »
Il collabore également avec Emma sur « I Know What You Want », qui sample le hit de Busta Rhymes et Mariah Carey. « C’est une histoire drôle. J’adore sa musique, mais je ne savais pas ce qu’on pourrait faire ensemble avant d’entrer en studio. Une heure avant, j’étais stressé, j’envoyais des messages à mon équipe parce que j’y pensais toute la nuit sans trouver d’idée », raconte-t-il. « Ils m’ont demandé si je voulais reporter. J’ai répondu : “Sûrement pas !” On s’est rencontrés, on a mangé ensemble, discuté pendant une demi-heure, et tout est devenu évident. On a réalisé que c’était exactement la chanson qu’il fallait faire. »
On retrouve aussi d’autres artistes, des figures établies comme Guè, mais aussi plus émergentes telles que Luchè.
Un hommage à l’Italie
L’univers de l’artiste franco-algérien multiplie les références musicales à la péninsule. Cipriani s’ouvre notamment sur la voix de Nina Zilli avec « L’uomo che amava le donne », un geste qui s’inspire de « Italiano Anthem » de Sfera Ebbasta et Rvssian, qui sample « L’Italiano » de Toto Cutugno.
Il évoque également Lazza, qui a collaboré avec Laura Pausini sur son dernier album : « Il est une véritable star en Italie. Mais je ne me sentais pas encore assez connu dans le pays pour collaborer directement avec une artiste de ce niveau. Avec mon équipe italienne, nous avons donc cherché un morceau fort et personnel. Quand nous avons trouvé celui de Nina Zilli, j’ai su que c’était le bon choix. »
Sur les similitudes culturelles, Lacrim compare Paris à Milan et Marseille à Naples. « J’ai l’impression que le soleil brille autant à Naples qu’à Marseille. La qualité de vie est similaire : tout est plus modeste. » Il insiste également sur la chaleur humaine : « À Marseille, les gens sont très affectueux. J’ai ressenti la même chose à Naples. Et là-bas, l’idée de partir de rien est très forte. Si vous réussissez à Naples, vous pouvez réussir partout. »
Que ce soit à Paris, Marseille ou Milan, l’artiste prévoit une tournée française et italienne pour défendre son nouvel album.
Reconnaissance européenne
À travers ce projet, Lacrim souhaite également s’imposer sur la scène du vieux continent. Pour lui, être Européen constitue à la fois une singularité et un avantage. « Nos mentalités, nos modes de vie et nos codes vestimentaires sont très différents. Il est facile pour un Italien ou un Français d’imiter le style américain, mais l’inverse est plus compliqué. » Il évoque néanmoins l’émergence d’artistes européens influents comme Central Cee au Royaume-Uni.
Interrogé sur l’importance de ses racines, il insiste sur la richesse culturelle européenne. « Mes influences musicales ne se limitent pas à mes origines algériennes. Mon père écoutait de la musique française, de la soul, du reggae, de la musique arabe. J’ai grandi entouré de tout ça. »
La gratitude envers ses parents reste centrale dans son discours. « Nos parents sont venus ici pour nous offrir une vie meilleure. Nous sommes la première génération à réellement réussir socialement. Certains artistes parlent de la douleur liée à la discrimination vécue par leurs parents. C’est puissant, mais pour moi, c’est surtout une question de gratitude. S’ils ont tout recommencé à zéro et que nous réussissons aujourd’hui, c’est la plus grande victoire. »