20 ans des Ardentes : le festival belge souffle ses bougies

Pour cette édition spéciale, l’événement liégeois reviendra du 2 au 5 juillet 2026 avec une affiche réunissant notamment Playboi Carti, Future et Aya Nakamura.

Né le 7 juillet 2006 au parc Reine Astrid, Les Ardentes s’est progressivement transformé pour devenir, vingt ans plus tard, l’un des principaux rendez-vous hip-hop d’Europe. Dans moins de deux semaines, le festival reprendra ses marques sur le site de Rocourt pour la cinquième année consécutive afin de célébrer son anniversaire avec son public.

À cette occasion, Jean‑Yves Reumont, responsable communication et programmation du festival, revient sur cette évolution et sur ce qu’elle représente aujourd’hui pour Liège.

Une histoire en trois phases

Pour Jean-Yves Reumont, le parcours des Ardentes se découpe en trois phases

La première est la création du festival. À l’époque, Gaëtan Servais et Fabrice Lamproye, décident de lancer le projet d’un événement musical ambitieux à Liège, ville décrite comme « très active » mais dépourvue d’un grand festival. Le succès est immédiat : « Dès la première édition, le festival a tout de suite marqué les esprits et c’est ce qui a permis de mettre en place une deuxième édition » confie Jean-Yves Reumont.

S’ouvre ensuite une période de stabilisation, jusqu’en 2015, durant laquelle Les Ardentes adoptent une direction artistique éclectique mêlant pop, rock, électro, jazz, hip-hop à l’image de la plupart des festivals généralistes de l’époque.

Cette deuxième phase est marquée par la décision de se spécialiser exclusivement dans un genre, Jean‑Yves Reumont évoquant la volonté de cibler la génération Z et les musiques qui fonctionnaient le mieux auprès d’elle à savoir le rap et le hip-hop.

Cette bascule est née du constat d’une dépendance du festival aux opportunités de programmation, le succès des Ardentes oscillant d’une année à l’autre. En 2014, malgré une affiche jugée « magnifique » par l’équipe, réunissant notamment Wiz Khalifa, Stromae et Placebo, le sold-out sur l’ensemble des journées n’est pas atteint. Les médias français interrogés à l’époque pointaient une explication simple : l’affiche, bien que solide, ressemblait trop à celles de nombreux festivals déjà présents en France, sans réel élément de différenciation.

C’est au même moment qu’émerge une nouvelle scène rap, à l’international avec Kendrick Lamar ou A$AP Rocky, et côté francophone avec Damso ou Hamza. « On voyait qu’il y avait quelque chose qui se passait sur une nouvelle génération de rap, qu’il y avait un public qui était très demandeur de ces artistes et que ces derniers étaient très peu représentés en festival », raconte Jean-Yves Reumont. « On s’est dit : il y a peut-être un public qui demande, il y a une scène qui est en pleine explosion, on va essayer d’y réfléchir. »

Le virage s’opère progressivement sur deux éditions, avant de s’affirmer pleinement à partir de 2018. L’édition 2017, marquée par l’affluence générée par Damso, agit comme une confirmation : « Il y avait une marée de monde, c’était incroyable. » C’est ce même élan qui va mener à la troisième phase : le changement de site.

Damso aux Ardentes
Crédit : Ennio Cameriere

De Coronmeuse à Rocourt

Le passage au nouveau site, retardé de deux ans par la pandémie, devait initialement s’effectuer en douceur : une montée progressive de 25 000 à 35 000 festivaliers par jour dès 2020, puis 55 000 à 60 000 en 2022. Ce calendrier a finalement été bouleversé par la pandémie de Covid-19. « On a dû passer directement d’un festival de 25 000 à un festival de 65 000 par jour. Et ça, je crois qu’on n’était pas prêt », admet Jean-Yves Reumont.

L’organisation de cette première édition sur le nouveau site a représenté un saut d’ampleur très supérieur aux estimations initiales. « On s’est dit, ça va être deux fois plus grand, donc on va faire tout fois deux, mais ce n’est pas tout fois deux qu’on a fait, c’est presque tout fois quatre. On ne s’est jamais dit qu’on n’y arriverait pas, mais après coup, on s’est demandé comment on y est arrivé », résume-t-il.

Ce changement d’échelle a également permis de programmer des artistes longtemps inaccessibles à Coronmeuse, comme A$AP Rocky, Kendrick Lamar ou Post Malone, accueillis à leurs débuts mais devenus trop grands pour l’ancien site. Quatre ans plus tard, l’équipe a pris ses marques à Rocourt : « On se sent chez nous maintenant et on avance beaucoup plus vite. »

Une concurrence en Europe

À l’échelle de plus de 150 artistes sur quatre jours, la construction de l’affiche part toujours des têtes d’affiche. Face à une concurrence accrue, le rap étant désormais mieux représenté dans l’ensemble des festivals européens, Jean-Yves Reumont défend une recette propre aux Ardentes : conjuguer une présence quasi exhaustive du rap francophone avec des noms internationaux que l’on ne retrouve nulle part ailleurs sur le continent

« Future et Playboi Carti font uniquement deux festivals en Europe cet été. Si quelqu’un souhaite voir tout le rap français, l’électro et voir Future, c’est aux Ardentes qu’il doit aller, il n’y a pas d’autre choix » illustre-t-il.

Sur le terrain européen, un nom revient spontanément : Beach, Please!, en Roumanie. « Honnêtement, je pense que c’est le seul [festival] avec lequel il y a match, en termes de capacité et de têtes d’affiches », reconnaît Jean-Yves Reumont. 

Il pointe néanmoins des différences structurelles fortes : « Une grosse partie de notre affiche est axée sur le rap francophone, ce qui n’est pas du tout le cas en Roumanie », ajoutant que Les Ardentes conservent également un ancrage marqué côté pop et musiques électroniques.

Liège : premier bénéficiaire des Ardentes

Le poids économique du festival pour la région, documenté par une étude interne il y a quelques années, fait état de plusieurs millions d’euros de retombées, notamment pour le secteur Horeca (hôtellerie, restauration, cafés).

« Pendant la période des Ardentes, tous les hôtels de la région sont complets », illustre Jean-Yves Reumont, qui note que le public français, habitué à des distances plus longues, n’hésite pas à loger jusqu’à une heure du site. Le festival fait également travailler un réseau de prestataires locaux belges, et a toujours pu compter sur le soutien de la ville, notamment lors de son changement de site.

L’ancrage local va jusqu’au nom même de l’événement. « Les Ardentes, c’est Liège : le nom du festival vient d’ailleurs de la Cité Ardente », rappelle Jean-Yves Reumont, en référence au surnom historique de la ville, un clin d’œil pensé dès la création du projet, qui visait à refléter le dynamisme de la communauté culturelle liégeoise.

Cette internationalisation du public, venu de France, des Pays-Bas, d’Allemagne ou du Royaume-Uni, est aussi facilitée par la situation du site. « On n’est pas perdu au milieu de nulle part », observe Jean-Yves Reumont, contrairement à des festivals installés en pleine campagne, contraints de bâtir une ville complète depuis zéro.

Avec le recul, l’ampleur prise par le festival continue de le surprendre : « Si on m’avait dit, quand j’ai commencé, qu’on allait accueillir tous ces artistes-là à Liège, à 15 minutes de chez moi, je n’y aurais jamais cru. »

Site de Rocourt

Une édition anniversaire tournée vers l’avenir

Pour ses 20 ans, Les Ardentes abordent l’exercice avec une prudence assumée. « On sent qu’il y a beaucoup d’attentes des festivaliers, donc l’objectif c’est déjà de ne pas les décevoir », explique Jean-Yves Reumont, qui évoque des surprises en préparation, notamment autour des infrastructures et des visuels.

L’enjeu dépasse la seule célébration : « On réfléchit aussi au futur, et on prépare déjà ce que va être le festival dans les prochaines années. »

Sur le long terme, la capacité du site fixe une limite à la croissance du festival. Face à cette contrainte, Jean-Yves Reumont mise sur la fidélisation : « L’idée, c’est d’arriver à fédérer la communauté pour que les gens prennent leurs billets de plus en plus tôt à l’avance et nous fassent vraiment confiance », explique-t-il, avec l’ambition de voir Les Ardentes devenir « une destination incontournable de l’été ».

Une stabilisation qui passe aussi par une vigilance constante sur l’évolution des tendances musicales, à l’image du virage pris en 2015 : « Les festivals, c’est pas simple », rappelle-t-il, évoquant la nécessité de rester à l’écoute du public et de ses envies, la même méthode qui a permis, dix ans plus tôt, de propulser un festival généraliste liégeois au rang de plus grand festival rap d’Europe.