Golden Coast : le festival dijonnais 100% rap affirme ses ambitions
Golden Coast 2025
Longtemps considérée comme une anomalie dans le paysage des festivals français, l’absence d’un événement majeur entièrement consacré au rap a trouvé une réponse avec la création de Golden Coast. Installé hors de la capitale, le festival s’est rapidement imposé depuis son lancement en 2024 et affiche, trois éditions plus tard, une trajectoire de croissance conséquente.
Vivien Becle, directeur artistique et cofondateur de Golden Coast, revient sur cette montée en puissance et sur ce qu’elle représente, aujourd’hui, pour Dijon et sa région.
Une croissance plus rapide que prévue
En deux ans, Golden Coast est passé de 50 000 à 75 000 festivaliers, avec une journée supplémentaire au programme et un budget qui dépasse désormais les 9 millions d’euros. Une progression que Vivien Becle décrit comme conforme à l’ambition initiale du projet. « On est arrivés avec Golden Coast pour devenir la place forte du rap en France », explique-t-il.
Dès sa deuxième édition, le format du festival a dû évoluer, passant de deux à trois jours d’exploitation, obligeant ses fondateurs à revoir entièrement le modèle économique. « C’est comme si on repartait de zéro », résume Vivien Becle, qui détaille les coûts fixes d’installation d’un site qui n’est, le reste de l’année, qu’un simple parc : près d’un mois de montage et deux semaines de démontage. Des frais techniques trop lourds pour être amortis sur un format de deux jours qu’il qualifie d’« intenable ».
Au regard des chiffres, ce choix s’est révélé payant. « La trajectoire qu’on imaginait il y a 4 ou 5 ans (…) on est en train de l’atteindre et, en effet, peut-être plus rapidement que ce qu’on aurait pu imaginer », confirme Vivien Becle, qui évoque une avance de trois mois sur la billetterie pour cette année. Un signal de fidélisation également illustré, selon le cofondateur, par la vente de 10 000 pass à l’aveugle en une heure en novembre dernier, avant même l’annonce de la programmation.
Un site qui se construit avec la ville
L’implantation du festival à Dijon repose sur une logique de centralité assumée : à 1h30 de Paris et Lyon, et 2h de Strasbourg, la ville combine accessibilité et capacité d’accueil touristique. En outre, c’est surtout la relation entretenue avec les institutions locales qui distingue Golden Coast d’autres festivals, selon son cofondateur.
« La ville nous aide vraiment à aller dans le bon sens », souligne Vivien Becle, citant les aménagements récents réalisés par Dijon métropole pour faciliter l’installation du site comme la création de chemins d’accès pour véhicules ou encore la réalisation de travaux en amont du montage. Une implication qui, selon lui, met directement le festival dans de bonnes dispositions pour organiser chaque édition.
Prenant l’exemple du Hellfest, dont le site appartient à l’organisation, il reconnaît une contrainte structurelle propre à son festival : « Quand ton site t’appartient, tu peux travailler dessus toute l’année, y laisser des installations, ce qu’on ne peut pas faire nous sur Golden Coast, et qui représente des frais gigantesques en termes de montage et démontage. »
Le festival peut néanmoins s’appuyer sur d’autres atouts du territoire pour compenser ces contraintes, à commencer par un système de navettes gratuites opéré avec le réseau de bus dijonnais, la Divia, capable de transporter 20 000 festivaliers en dix minutes depuis le centre-ville. « C’est quasiment unique en France, ça marche merveilleusement bien et ça ne pourrait pas être fait sans Dijon métropole », assure Vivien Becle.
L’économie locale bonifiée
Cette relation entre Golden Coast et Dijon fonctionne dans les deux sens. Avant même que le festival ne démarre, le centre-ville se remplit déjà : bars et restaurants affichent complet dès midi, alors que les festivaliers arrivés des quatre coins de la France investissent la ville en attendant l’ouverture du site.
Pendant les trois jours du festival, Dijon ne désemplit pas : hôtels et locations Airbnb sont pris d’assaut, tandis que le camping du festival, désormais pensé pour plus de confort, absorbe une partie croissante de cette demande.
Les retombées se mesurent aussi à table. « On sert 80 000 repas pendant le festival, avec 14 restaurateurs locaux présents sur le site, et la moitié de notre offre de restauration vient d’acteurs du territoire », détaille Vivien Becle, qui considère que Golden Coast irrigue une partie de l’économie locale au-delà du simple périmètre de l’événement. Concernant l’hébergement, il précise que les chiffres restent pour l’instant circonscrits aux équipes techniques et artistiques mobilisées en amont, avec « près de 2 720 nuitées générées sur un mois ».
Sur le plan local, le soutien des partenaires privés a également connu un tournant. Initialement observé avec réticence, le festival a vu « les enveloppes de partenariat doubler entre la première et la deuxième édition, puis encore progresser d’un tiers pour la troisième ». Un basculement que Vivien Becle attribue autant au succès du festival qu’à un changement de génération chez les décideurs locaux.
Une identité propre au festival
Au-delà de la fréquentation, Golden Coast revendique une singularité dans son public et son organisation. « On a une moyenne d’âge de 23-24 ans, et une parité qu’on observe rarement ailleurs : 56 à 57% de festivalières », affirme Vivien Becle, qui situe cette donnée au-dessus de la moyenne du secteur, plus généralement répartie 55/45 en faveur des hommes. « En tant que festival de rap, certains pourraient imaginer un public majoritairement masculin. Pourtant, le premier public de Golden Coast est féminin », constate-t-il.
Cette parité se retrouve également dans l’organisation : « Notre équipe permanente compte près de 60% de femmes. On mobilise environ 300 personnes sur la partie technique, ainsi que 855 bénévoles lors de la dernière édition », indique le cofondateur, un chiffre que les organisateurs s’attendent à dépasser largement cette année, avec déjà mille inscriptions enregistrées en 24 heures.
Sur le marché du rap français, Golden Coast entend également occuper une place à part face à des événements comme Yardland ou Grünt Festival. « Ce sont des projets qui ne sont pas du tout concurrents à Golden Coast (…) c’est un peu plus niche, basé sur des communautés plus ciblées », explique Vivien Becle, qui situe son festival comme « la grande messe du rap », capable de réunir à la fois les anciens et les nouveaux noms du genre sur une même affiche. Une cohabitation qu’il considère comme une force plutôt qu’une difficulté à arbitrer : « On n’a pas ce souci [de plaire à tous les amoureux du rap]. C’est un vrai bonheur, ça change tout », confie-t-il.
Des ambitions maîtrisées
Sur les perspectives à moyen terme, Vivien Becle évoque une progression contrôlée plutôt qu’une course à la jauge maximale. « L’objectif de la troisième édition se situe autour de 80 000 festivaliers payants sur 3 jours ; une marge supplémentaire, autour de 85 000 à 90 000, est envisagée à l’horizon 2027 », indique-t-il. « On ne veut pas griller les étapes trop vite (…) il y a un équilibre budgétaire à trouver », précise-t-il, rappelant la politique de billetterie progressive du festival, pensée pour favoriser la fidélité plutôt que la flambée des prix.
Une quatrième journée de festival n’est d’ailleurs pas exclue à terme. « C’est plus facile d’atteindre une rentabilité quand tu fais trois jours, et après, potentiellement, il y a un quatrième jour », envisage Vivien Becle qui reste prudent sur l’échéance, jugée encore lointaine et dépendante des opportunités artistiques.
Cette dimension artistique pèse d’ailleurs de plus en plus dans la stratégie du festival. En seulement deux éditions, Golden Coast peut déjà se targuer d’avoir accueilli de grands noms de la scène francophone comme GIMS, Ninho & Niska ou SCH, ce qui rebat les cartes des négociations avec les têtes d’affiche. « C’est devenu maintenant un passage obligé pour eux », souligne le cofondateur, qui anticipe que les discussions avec les artistes et la création de shows spécifiques au festival deviendront « un élément vraiment central sur les années à venir ».
Signe de cet ancrage qui se construit dans la durée, Vivien Becle évoque une tendance forte sur la billetterie de la prochaine édition : « Plus de la moitié des billets vendus concernent déjà des forfaits trois jours. » Une statistique que le cofondateur interprète comme la preuve d’un attachement qui dépasse la simple curiosité événementielle. « Plus tu as de pass trois jours, plus ça veut dire que les gens prévoient le festival comme ils prévoient des vacances », image-t-il.
Golden Coast s’inscrit ainsi dans le planning de l’année, au point de devenir, selon Vivien Becle, une véritable tradition : « Et quand tu deviens une tradition en tant que festival, c’est que tu as tout gagné », conclut-il.