Animaj confie la distribution et la gestion des éditions de ses catalogues musicaux à Sony Music

La société française dédiée à l'animation jeunesse s'associe à Magic Star et Sony Music Publishing, tout en conservant la propriété de ses masters et éditions.

Sixte de Vauplane et Gregory Dray, les deux cofondateurs d'Animaj

Crédit : Animaj

Animaj, fondée en mai 2022 et spécialisée dans l’acquisition et l’exploitation de franchises d’animation pour enfants, a conclu un accord mondial avec Magic Star, la division Kids & Family de The Orchard, pour la distribution de ses enregistrements, et avec Sony Music Publishing pour l’administration de ses droits éditoriaux. L’accord couvre notamment les catalogues musicaux de ses principales marques : Pocoyo, Maya l’Abeille, HeyKids et Super Sema.

L’entreprise, qui revendique 242 millions d’utilisateurs actifs mensuels sur YouTube et plus de 22 milliards de vues annuelles. Des chiffres qui, selon Animaj, en font le cinquième acteur mondial du segment Kids & Family sur YouTube. Elle indique aussi que plus de la moitié de ses contenus sont musicaux.

La musique, axe de développement pour les franchises jeunesse

Pour Sixte de Vauplane, co-fondateur et président d’Animaj, joint par téléphone depuis Los Angeles, la musique reste sous-exploitée dans l’industrie du contenu pour enfants. « À part Disney et Moonbug, assez peu d’acteurs ont vraiment cette volonté », estime-t-il. L’entreprise produit des morceaux originaux liés à ses franchises : par exemple, dans le cas de Pocoyo, elle fait appel à un compositeur de reggaeton (Daniel Heredero) afin « d’ancrer la marque dans la culture hispanophone ». Elle diffuse les titres à la fois sur YouTube et sur les plateformes de streaming musical, ce qui a accéléré le deal avec Sony.

Le choix de la major s’explique notamment par l’existence de Magic Star, label dédié à la jeunesse au sein de The Orchard (filiale de Sony Music), une spécialisation que tous les concurrents ne proposent pas. Sixte de Vauplane évoque également des synergies potentielles au-delà de la distribution : accès au catalogue d’artistes Sony pour des projets de synchronisation, et à terme des visées sur le cinéma. « On a l’ambition d’apporter des projets comme des longs-métrages, voire du theatrical, avec toujours cette approche Music First », précise-t-il.

Composition humaine, doublage par IA

Animaj, qui avait bouclé une levée de 85 millions de dollars en 2025 auprès d’HarbourView Equity Partners, Bpifrance et Left Lane Capital, se définit comme une entreprise AI-powered. Son président déclare qu’elle fonctionne avec environ 80 salariés, là où une structure traditionnelle « en nécessiterait 500 ». Sur la musique, la société distingue les usages : « On utilise l’IA pour les démos, les briefs créatifs. Mais sur la composition musicale, il y a un vrai travail artistique, et c’est important de le garder en manuel », explique le co-fondateur.

L’IA est en revanche mobilisée pleinement pour l’adaptation locale du contenu. Pocoyo compte à lui seul plus de 50 chaînes YouTube dans 20 langues, et Animaj explore le doublage musical automatisé pour adapter ses chansons à chaque marché. Interrogé sur la position de Sony vis-à-vis de l’IA générative, la major étant la seule à ne pas avoir signé de deal avec des plateformes comme Suno ou Udio, Sixte de Vauplane assure que l’approche d’Animaj a été bien reçue : « Nos modèles sont entraînés sur nos propres bases de données. On essaie de montrer qu’il y a une autre voie : utiliser l’IA de manière éthique et centrée autour de l’artiste. »

Propriété intellectuelle conservée

Animaj conserve la pleine propriété de ses masters et de ses éditions dans le cadre de cet accord. Le partenariat porte uniquement sur la distribution et l’administration, suivant la stratégie IP-led affichée par la société depuis sa création. Magic Star sera chargé de la distribution mondiale des enregistrements d’Animaj, tandis que Sony Music Publishing administrera mondialement les droits éditoriaux de ses compositions.

Ce partenariat intervient dans un contexte d’accélération pour Animaj, qui a annoncé la semaine précédente la joint venture LUMEE avec Hasbro, visant à mutualiser leurs inventaires publicitaires YouTube pour créer une régie commune sur le segment Kids & Family. Pour Sixte de Vauplane, la logique reste la même : « Dans un monde drivé par l’IA, ce qui va compter le plus, c’est la marque et la découvrabilité. Se concentrer sur des IP premium, c’est là où on est capable de proposer quelque chose qui ait du sens. »