MaMA Music & Convention : le choix de la stabilité
Édition 2025 du MaMA Music & Convention
Crédit : Emilie Bardalou
En 2009, après avoir constaté qu’aucun événement ne réunissait encore les professionnels de la musique en France, alors que ce type de convention se développe déjà à l’étranger, Fernando Ladeiro-Marques et Daniel Colling décident de combler ce vide. Pour tester leur projet, ils organisent un « numéro zéro » au Printemps de Bourges, festival berrichon sur lequel ils travaillent et où se rendent chaque année des professionnels venus non seulement profiter des concerts, mais également se rencontrer et échanger entre eux.
Mais greffer une convention professionnelle sur un festival pensé pour le grand public montre vite ses limites. Dès 2010, les deux hommes décident alors de donner au projet une existence propre et choisissent Paris, où se concentre une grande partie des acteurs de la musique, pour l’installer. C’est ainsi que naît le MaMA Festival & Convention à Pigalle et Montmartre.
Seize ans après sa création, l’événement s’est imposé comme le rendez-vous professionnel de référence de la musique en France. Entre 6 000 et 7 000 acteurs de l’industrie musicale s’y retrouvent chaque année, pour des conférences, des débats et plus de 150 concerts.
À l’occasion de cette nouvelle édition, Fernando Ladeiro-Marques, qui dirige le festival depuis sa création, revient pour Billboard France sur la trajectoire de l’événement et les équilibres économiques qui en garantissent la pérennité dans un secteur de plus en plus précaire.
Croissance progressive
La première édition parisienne du MaMA rassemble environ 1 200 professionnels accrédités. Ce chiffre a progressé d’année en année jusqu’à atteindre environ 7 000 professionnels en 2019. Le budget a suivi une trajectoire comparable : parti d’environ 600 000 euros, il avoisine aujourd’hui 1,5 million d’euros.
Depuis 2019, la fréquentation professionnelle se stabilise entre 6 000 et 7 000 participants, sans que l’équipe organisatrice cherche à la faire progresser davantage. « Cela nous semble être la bonne taille pour conserver un événement à dimension humaine », justifie Fernando Ladeiro-Marques. Ce dernier se souvient d’une année où la fréquentation était passée d’environ 6 800 à 6 700 professionnels, un recul minime que la presse avait pourtant présenté comme un signal d’alerte. « Nous ne cherchons pas à remplir au maximum : ce qui compte, c’est que les personnes présentes aient pu se rencontrer, échanger, et trouver des réponses à leurs questions. Le MaMA se veut avant tout un outil au service des professionnels », confie le directeur.
Ce choix tient aussi à une contrainte logistique propre à Pigalle et Montmartre. Bien que le quartier concentre un nombre de salles rare à cette échelle en Europe, ce nombre reste limité. Dépasser un certain seuil de fréquentation reviendrait, selon le directeur, à transformer l’événement en une structure où les rencontres entre professionnels, raison d’être du MaMA, deviendraient plus difficiles. « Nous ne voulions pas créer une structure si massive que les gens ne se croisent plus », affirme Fernando Ladeiro-Marques.

Crédit : Louis Comar
Modèle économique
La billetterie ne constitue pas la principale source de revenus mais représente environ un tiers du budget du MaMA, qui a fait le choix de vendre uniquement des Pass. La part la plus importante des revenus provient des subventions publiques, autour de 40 à 45 % du budget, versées notamment par la Région Île-de-France, le CNM, la Sacem, la SCPP et le ministère de la Culture. Le reste se compose d’actions commerciales et de partenariats privés.
« On a la chance d’être accompagné par toute une série d’acteurs publics qui prennent en charge une partie importante de notre budget », reconnaît Fernando Ladeiro-Marques. Ce soutien a permis au festival de ne pas être significativement affecté par les baisses de subventions récentes qui ont touché d’autres événements du secteur. Pour faire croître le budget sans dépendre davantage des fonds publics, le directeur mise toutefois sur le financement privé comme le principal levier de progression pour faire évoluer le budget global sans dépendre davantage des fonds publics.
À titre comparatif, le budget du MaMA reste entre trois et cinq fois inférieur à ceux d’Eurosonic aux Pays-Bas et du Reeperbahn Festival à Hambourg, les deux autres grands rendez-vous professionnels européens.
Des coûts structurels en hausse
Si les recettes du MaMA sont restées globalement stables ces cinq dernières années, les dépenses, elles, ont fortement augmenté. Les principaux postes de coûts concernent la location des salles et les prestations techniques, directement affectées par la hausse des prix de l’énergie. « Un poste qui coûtait 10 000 euros il y a cinq ans peut aujourd’hui coûter une fois et demie, voire deux fois plus cher », affirme le directeur, qui précise que cette inflation touche l’ensemble des festivals en Europe.
Cette pression sur les coûts s’inscrit dans un contexte plus large de fragilisation du secteur, que le MaMA a lui-même tenu à souligner lors de son édition 2025, à travers une table ronde consacrée à la précarité des festivals et à la concentration du marché. Pour Fernando Ladeiro-Marques, le rôle du festival n’est pas d’apporter des solutions toutes faites à ces enjeux, mais de réunir les acteurs concernés. « Notre mission, c’est de choisir les bonnes questions à se poser et de réunir ceux et celles qui peuvent y contribuer », affirme le directeur. Il plaide plutôt pour une réflexion collective. « La vraie question n’est pas de savoir si le secteur va changer, il change en permanence, mais plutôt de savoir quel avenir nous voulons construire ensemble », ajoute Fernando Ladeiro-Marques.
Alors que certains s’interrogent sur la pertinence d’un événement physique à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, le directeur défend l’inverse. « Plus la technologie se développe, plus le besoin de se retrouver physiquement se fait sentir. La confiance naît aussi du fait de se parler en face à face », observe-t-il, y voyant la meilleure manière pour échanger les compétences et faire avancer les collaborations.

Crédit : Léon Geoni
Une stratégie de coopération
Le concept du MaMA s’est développé à l’international, avec des événements comparables dans plusieurs pays, comme le MIL à Lisbonne ou le SIM à São Paulo. Ces initiatives, financièrement indépendantes du festival parisien, sont nées de rencontres faites au MaMA. « Des professionnels viennent au MaMA, découvrent le concept, et nous proposent de développer quelque chose de similaire dans leur pays », explique Fernando Ladeiro-Marques. Selon lui, chaque pays a aujourd’hui développé son propre équivalent du MaMA, parfois même plusieurs, comme c’est le cas au Royaume-Uni.
Le MaMA fait partie d’une fédération internationale rassemblant une trentaine d’événements similaires à travers le monde, y compris des partenaires en Afrique du Sud et en Amérique latine. Cette structure permet de mutualiser des problématiques communes face aux institutions européennes et nationales, et d’éviter des négociations individuelles. « On a tous des financements différents selon la structuration du pays, mais on a aussi des problématiques communes », note le directeur.
Cette dimension internationale se traduit également dans la programmation du festival, avec 68 nationalités représentées lors de l’édition 2025, et une présence croissante de professionnels africains ces deux dernières années. De nouvelles collaborations sont par ailleurs en cours de développement avec les pays scandinaves, une zone avec laquelle la France entretient historiquement peu de liens, alors qu’il y a beaucoup à construire selon le directeur. « Nous veillons également à ce que nos débats gardent une dimension internationale plutôt que de rester franco-français, dans la mesure où les problématiques que nous rencontrons se retrouvent, sous des formes différentes, ailleurs en Europe et dans le monde », précise Fernando Ladeiro-Marques.
La stabilité comme perspective
Loin d’une logique de croissance continue, le MaMA affiche une ambition assumée de maintien plutôt que d’expansion. « Notre but, c’est d’être à l’équilibre », résume le directeur, qui rappelle l’équilibre financier prime sur la fréquentation dans les objectifs fixés pour cette 17e édition.
Cela n’exclut pas de nouveaux développements. Fernando Ladeiro-Marques annonce la préparation d’un nouveau projet, distinct du MaMA existant, dont les contours seront dévoilés lors de cette édition. Le directeur reste discret sur son contenu, mais confirme qu’il viendra s’ajouter à l’offre actuelle plutôt que la transformer.
L’intelligence artificielle occupera également une place importante dans les débats de la Convention cette année. « L’idée est de faire en sorte qu’elle serve la création et le public, ce qui suppose de défendre la transparence, la juste rémunération des artistes et la traçabilité des œuvres », précise Fernando Ladeiro-Marques, qui refuse de céder à la naïveté comme à la crispation.
Cette édition abordera enfin les enjeux liés à l’élection présidentielle de 2027. « La filière est très inquiète quant à l’avenir de la culture », confie le directeur, qui prévoit des débats avec des représentants des différents partis afin de comprendre comment ils envisagent la place de la culture dans leurs programmes, notamment sur les questions d’infrastructures. Une démarche dans la continuité des débats organisés l’an dernier autour des élections municipales.