Ousmane Dembélé et Ninho : la French Connection
Illustration : Michelle Helena Janssen pour Billboard France
Ousmane Dembélé : veste adidas Originals, chemise A-A Spectrum, cravate Manière De Voir, pantalon 3.PARADIS, chaussures adidas Stan Smith Ninho : survêtement Jefe, montre Patek Philippe, lunettes de soleil Tiffany & Co., chaussures adidas Adistar
2 mai 2025. Ninho fait vibrer le Stade de France. Ousmane Dembélé est là, en tribunes.
Le Ballon d’Or connaît la carrière du rappeur. Il a regardé ses interviews et ses passages dans Planète Rap. Ses albums servent même de bande-son au vestiaire des Bleus. « Buteur comme Ousmane au Parc », rappe Ninho, également admirateur de Dembélé.
L’année passée a été celle de leurs couronnements définitifs. Ousmane Dembélé a remporté le Ballon d’Or. Ninho s’est produit à guichets fermés au Stade de France, devenant le premier rappeur français à remplir deux fois consécutives l’enceinte dionysienne.
Derrière cette année de succès, il y a des parcours sur lesquels peu auraient pu miser. Catalogués grands espoirs du football et du rap à la fin des années 2010, Dembélé et Ninho ont percé au même moment. Ils ont ensuite connu des destins dissemblables.
L’enfant prodige du hip-hop français a connu une ascension météorique. En quelques années, il a assis sa domination sur le rap avec des albums studio toujours précieusement sertis. Comme prévu, diamant. Destin, double diamant. Jefe, diamant. NI, triple platine.
La trajectoire d’Ousmane Dembélé a été plus sinueuse. Après un début de carrière en fanfare à Rennes puis à Dortmund, il a vécu un passage frustrant mais ponctué d’éclairs de génie au FC Barcelone, le club de ses rêves, une période toutefois marquée par un titre de champion du monde. Après tant d’années de galère et de combat, le voici, double vainqueur de la Ligue des Champions et Ballon d’Or. Au sommet du football mondial.
Les deux ambassadeurs adidas sont de la même génération. Ils partagent les mêmes codes et la même envie de marquer leur époque. Il fallait les réunir pour parler de musique et de football. De succès et d’échec. Du quartier et du grand monde. De travail et de destin. Bref, de la vie. C’est enfin chose faite.

Ousmane Dembélé : survêtement adidas X Willy Chavarria, t-shirt adidas Originals, chaussures adidas Superstar 2
Ninho : veste adidas Originals, t-shirt adidas Originals, montre Patek Philippe, lunettes de soleil Cartier, chaussures adidas Adistar, sac adidas Originals, chaussures de football adidas F50 Hyperfast Evo
Billboard France : Avez-vous des souvenirs précis de vos débuts ?
Ninho : Je me souviens de mon premier freestyle. Je racontais mon environnement. Je m’inspirais des grands. Je n’avais pas encore beaucoup de vécu, mais je m’inspirais de ce que je voyais autour de moi, de ce que j’écoutais aussi.
Dembélé : De mon côté, c’est plus flou. Je ne me rappelle pas vraiment de mon premier match. Mais je me souviens d’une chose : c’est le frère de mon meilleur pote qui nous avait inscrits au club de foot d’Évreux. Je voulais jouer au foot, c’était un rêve d’aller dans un centre de formation et pourquoi pas de passer professionnel, mais pas de faire les démarches administratives. Il fallait qu’un plus grand s’en occupe et aille nous inscrire (rires). J’ai un autre souvenir plus précis, celui de ma première fois dans un stade de foot en tant que supporter. C’est Mathieu Bodmer (ancien joueur du PSG) qui nous avait invités au stade à Caen avec tous les enfants de mon équipe. Un souvenir incroyable !
Billboard France : Si Ousmane Dembélé avait été rappeur, et Ninho footballeur, qu’est ce que ça aurait donné ?
Dembélé : Je pense que j’aurais rappé comme Niska. J’aurais eu plusieurs styles différents. J’aurais essayé de donner un peu à tout le monde. Et toi t’as déjà fait du foot ?
Ninho : Bien sûr. Attaquant. Numéro 9. Je devais signer au PSG, mais personne ne s’en rappelle (rires).

Ninho : survêtement Jefe, montre Patek Philippe, lunettes de soleil Tiffany & Co., chaussures adidas Adistar
Billboard France : Qu’avez-vous appris de votre enfance ?
Dembélé : Je pense que nos quartiers et nos grands frères nous ont enseigné des valeurs comme le partage et l’équité. Ce sont des choses qui nous servent dans nos carrières. Il faut être humble, il faut partager, il faut être respectueux. C’est ça qu’on a appris dans nos quartiers.
Ninho : Moi, je suis toujours resté le même. Je n’ai pas oublié où j’ai grandi. Je pense que lui, c’est pareil. Les environnements changent. Mais nos valeurs, elles ne bougent pas.
Dembélé : Quoi qu’il arrive, on n’oubliera jamais d’où l’on vient.
Ninho : Quand on voit ce qu’Ousmane représente aujourd’hui, malgré la célébrité, il n’y a pas de starification. Il est proche. Ousmane, c’est notre Ballon d’Or à nous !
Dembélé : Que je sois Ballon d’Or ou pas Ballon d’Or, je serai toujours le même à rigoler avec les gens. Je ne vais pas changer ma façon d’être, c’est impossible.
Billboard France : Vous êtes tous les deux ambassadeurs adidas, est-ce quelque chose d’important pour vous ?
Ninho : C’est une marque qui est au top depuis des années. Ça me fait plaisir de les représenter. J’ai toujours porté du trois bandes. En CM2, j’avais ma petite paire de Stan Smith blanche et verte. Bien sûr.
Dembélé : Sur le terrain, je jouais avec les Adizero. J’aimais beaucoup cette paire. Aujourd’hui, je joue en F50. C’est une paire qui me correspond plus, spécialement conçue pour la vitesse. Je me sens bien dedans.
Billboard France : On parle souvent de l’importance de l’entourage dans le foot, comme dans le rap. Est-ce vraiment essentiel ? Quel rôle a joué le vôtre ?
Dembélé : Dans les bons moments, tu vas avoir un entourage incroyable, mais dans les mauvais moments…
Ninho : L’entourage se restreint directement. C’est pour ça que l’entourage te sert surtout dans les coups durs ! Pour moi, c’est très important d’être bien entouré si tu veux faire une carrière, que ce soit dans le rap ou dans le football.
Dembélé : Et c’est important d’avoir des gens qui sont là depuis le début, qui t’ont vu grandir, qui t’ont connu quand tu n’avais rien. Dans mon cas, c’est mon pote, c’est ma mère, c’est mon agent. Les mêmes depuis toujours.
Ninho : Il faut que ce soit des personnes qui pensent ta réussite personnelle comme une réussite collective. Et qui doivent te dire la vérité, c’est essentiel.

Ousmane Dembélé : veste adidas Originals, chemise A-A Spectrum, cravate Manière De Voir, pantalon 3.PARADIS, chaussures adidas Stan Smith
Billboard France : Qu’entends-tu par la vérité ?
Dembélé : La vérité, c’est ce que tu ne veux pas entendre. Si tu fais n’importe quoi, par exemple, tu te couches tard, tu ne joues qu’à la PlayStation, tu manges n’importe quoi. Un vrai proche va te le faire remarquer. Mais si tu as quelqu’un de ton entourage qui te dit : « Non, vas-y, continue, c’est bien », il y a quelque chose qui coince.
Billboard France : Croyez-vous au destin ?
Ninho : Totalement, on est des croyants. Il y a des choses qui ne sont pas anodines et n’arrivent pas par hasard. Les rencontres, bonnes ou mauvaises, sont souvent des déclencheurs. Il faut passer par des échecs pour arriver là où tu dois être.
Dembélé : Le destin, c’est l’histoire de ma carrière un peu. J’ai commencé à Rennes puis à Dortmund, où tout se passait bien pendant deux ans. Après je réalise mon rêve le plus cher : jouer à Barcelone. Et comme par hasard, en arrivant à Barcelone, j’ai eu pas mal de pépins physiques, sur le terrain, je ne me sens pas bien non plus. Je signe à Paris et tout se déroule comme dans un rêve. Et finalement, le destin fait que je suis couronné Ballon d’Or la saison dernière.
C’est l’histoire de ma carrière. Je crois vraiment au destin.
Ninho : Après, le destin, on peut y croire, mais il faut s’accrocher aussi !

Ousmane Dembélé : haut adidas X Wales Bonner, bas adidas X ARTE, montre Richard Mille
Ninho : survêtement France 1998, montre Patek Philippe, lunettes de soleil Cartier
Billboard France : Il y a des similitudes entre la vie de rappeur et celle de footballeur ?
Dembélé : Dans les deux cas, la discipline est obligatoire. Tu dois travailler à chaque fois. Tu peux avoir tout le talent du monde, si tu veux arriver au sommet, le talent ne suffira pas. Il faut travailler et rester humble.
Ninho : En musique, il n’y a que le studio. La partie studio, c’est l’entraînement pour le footballeur. Parfois, il y a des entraînements ou des sessions d’enregistrement où tu es moins bon mais le lendemain, tu reviens. Tu ne lâches rien, tu t’entraînes.
Billboard France : Ousmane, quel rôle joue la musique dans le vestiaire ?
Dembélé : Avant chaque match, on écoute de la musique. Tout le monde met la sienne… Ça permet de rentrer directement dans le match, de mieux se concentrer. Après, tout dépend du type de musique. En 2018, en équipe de France, c’était beaucoup Naza. Là, depuis que Mike Maignan a pris les commandes, c’est NI.
Ninho : Ça fait plaisir !
Dembélé : Tous les soirs après avoir mangé en équipe de France, on écoute NI avec Randal (Kolo Muani) et Marcus (Thuram). J’adore Binks to Binks 7, LVL UP, Mood, Branché sur snap. Mais si t’écoutes Mood avant un match, t’es dedans direct.

Ousmane Dembélé : survêtement adidas X Willy Chavarria, t-shirt adidas Originals, chaussures adidas Superstar 2
Billboard France : Quelle est votre plus belle victoire en dehors de vos domaines respectifs ?
Dembélé : En dehors du foot ? Je n’en ai pas, les gars (rires). Non, je dirais ma famille, en vrai.
Ninho : La famille, carrément. Le fait que ma mère ait un jardin, qu’elle puisse faire un gros barbecue en famille. Que la famille ne manque de rien. Ça, c’est déjà grandiose. Le fait de ne plus avoir à monter les escaliers, c’est déjà une victoire incroyable !
Billboard France : Et votre pire défaite ?
Dembélé : La finale de la Coupe du Monde 2022, quand on perd contre l’Argentine, ça nous a fait mal. En plus, tout le monde nous attendait à Paris… Le lendemain, t’as plus envie de regarder du foot.
Ninho : Ma défaite, c’est mon début de carrière. Il a été un peu géré à la va-vite. Pour moi, c’est une défaite parce que ça a été géré comme un mec de quartier qui rentre dans un circuit qu’il ne connaît vraiment pas. Moi, je ne connaissais que la musique, il y a eu beaucoup de choses à apprendre.
Mais ce sont ces défaites qui te font grandir !
Dembélé : Moi, j’ai pu perdre des matchs, comme des demi-finales ou des quarts de finale de Ligue des Champions. Cinq ans après, quand tu la gagnes, la victoire est encore plus belle !

Ninho : survêtement France 1998, montre Patek Philippe, lunettes de soleil Cartier
Billboard France : Qu’est-ce que les récompenses signifient pour vous ?
Dembélé : Elles montrent que le travail paie, c’est aussi beaucoup de fierté pour nous et pour toute notre famille.
Ninho : Je pense qu’Ousmane est un acharné, et que les succès lui donnent juste envie de travailler plus dur encore.
Dembélé : Recevoir un trophée comme le Ballon d’Or, quand tu vois la liste de tous les joueurs qui ont été couronnés, c’est un honneur. Le recevoir de la main de Ronaldinho en plus…
Ninho : Quand tu regardes les rappeurs qui ont rempli le Stade de France avant toi, quand tu vois chaque salle de concert se remplir, ça rend heureux. Ça donne envie de travailler encore plus dur, et de recevoir encore plus de récompenses.
Billboard France : Êtes-vous conscients de ce que vous représentez aujourd’hui, et du niveau que vous avez atteint dans vos disciplines ?
Dembélé : Pour ma part, je ne pense pas en avoir pleinement conscience.
Ninho : Moi, j’en prends conscience petit à petit, année après année. Mais je continue à travailler. Le recul, tu ne peux le prendre qu’une fois à l’arrêt. Ronaldinho, par exemple, je pense que ce n’est qu’aujourd’hui qu’il se rend compte de l’importance qu’il avait à l’époque où il a signé à Barcelone, de la légende qu’il était, et qu’il est toujours. À l’époque, il ne pouvait pas se dire : « Je suis légendaire. »
Dembélé : Tu veux qu’après ta carrière, les plus jeunes se rappellent de toi comme de quelqu’un qui a mis des buts, qui a gagné des trophées et qui a procuré des émotions. Je pense que dans 10 ou 15 ans, les supporters du Paris Saint-Germain se rappelleront de l’année 2025.
Ninho : Je me rends compte de mon statut quand on me dit « Merci pour ce que tu as fait. » À force, je me dis « Ah ouais, quand même ! » J’ai dû faire quelque chose dans leur vie. Les émotions que je procure, je pense qu’elles durent dans le temps. Je croise des gens qui me disent qu’ils écoutaient au collège. Aujourd’hui, ils sont chefs d’entreprise. Donc, ils ont toujours écouté ma musique. Et leurs enfants aussi commencent à écouter ma musique, à l’âge de 3 ou 4 ans. C’est cette trace que je veux laisser : de la bonne musique, un bon message et l’image d’une réussite sociale. C’est la meilleure des choses à laisser.

Ninho : survêtement France 1998, montre Patek Philippe, lunettes de soleil Cartier
Billboard France : Comment fait-on pour avoir envie d’en chercher encore plus quand on est déjà au sommet ?
Dembélé : Dans mon cas, c’est simple. Dans le football, on remet les compteurs à zéro à chaque mois d’août lorsque la saison commence. Donc il n’y a pas le choix, il faut directement se mettre dedans.
Ninho : C’est pour ça que je comparais un album à un championnat, ou à une coupe. Parce qu’après avoir soulevé un trophée, il faut repartir de zéro, et refaire le même chemin pour remporter un autre titre. Dans le rap, c’est pareil. Quand un album est terminé, on se projette sur la suite. C’est une compétition perpétuelle pour que chaque album soit meilleur que le précédent.
Dembélé : On est des compétiteurs, on en voudra toujours plus !

Ousmane Dembélé : haut adidas X Wales Bonner, bas adidas X ARTE, montre Richard Mille
Photographe : Michelle Helena Janssen
Directeur artistique : Abderahmane Lakhal
Production : And So Production
Éditeurs : Nicolas Baudoin et Ulysse Hennessy
Producteur Exécutif : Solène Marvian
Coordinatrices de production : Lilou Hervé et Marie Ferrier
Styliste : Tom Pirello (représenté par A-Frame Agency)
Assistants stylisme : Adrien Bedoucha et Sara Vakili
Grooming : Inès Zerouali (représentée par Baci Management) utilisation de produits Horace
Assistante Grooming : Charleene Evrat (représentée par Baci Management)
Nail Artist : Lilly Lizé (représentée par Baci Management)
Cheffe décoratrice : Helene Helleu
Assistants décor : Aliocha Babinet, Athanasios Stachtaris, François Mark
Directeur de la lumière : Thomas Jardin
1er assistant lumière : Léo Greo
Opérateur digital & lumière : Dan Spiegelman
Journaliste : Yanis Si-Youcef
Cadreur (interview) : Maxime Rakam
Cadreur (interview) : Lenny Grosman
Monteur (interview) : Malek Chicha
Traduction : Maureen Frenkel
Vidéaste : Johnny Cooke
Sound Designer : Max RP
Retouches : Michelle Helena Janssen
Retouches additionnelles (couverture) : The Shoemakers Elves
Post Production Support : Marvellous Last Night
Graphiste : Jérémy Mendoza
Studio : Les Studios Français
Remerciements : Léa Terrier et Muriel Farradeche